N 2022 concert de Noel

Sophia Tahi sings Nina Simone au Centre des Congrès
à Saint-Quay-Portrieux

Je copie in extenso l’excellent article de Michel Preimont, sur monkey concert

Sophia Tahi sings Nina Simone au Centre des Congrès à Saint-Quay-Portrieux, le 21 décembre 2021

Après une année sans festivités de Noël, Saint- Quay-Portrieux reprend le flambeau  pour proposer  deux soirées en musique au Centre de Congrès.

La première  en collaboration avec l’association «Quand le jazz est là»  est destinée aux fans de la note bleue avec Sophia Tahi  à l’affiche, la seconde prévoit de la musique baroque avec l’ensemble Ma non Troppo qui a choisi  d’interpréter Vivaldi.

Pas la toute grande foule lorsque le Président de Jazz ô Château et le maire de Saint-Quay  exposent brièvement  le programme du jour: Sophia Tahi sings Nina Simone.

Sophia Tahia, croisée en 2019 au Tagarin à Etables au sein du So Beat duo, avait ébloui l’assistance, ayant   envahi l’accueillant café -librairie.

La chanteuse rennaise s’ ébat également aux côtés de  Pierrick Biffot pour chanter  le blues sous l’étiquette Two Roots.

Ce soir, ils sont trois à l’accompagner pour réécrire  le répertoire de la grande Nina Simone: Pierrick Biffot à la basse et aux arrangements, Guillaume Casini au piano ( Velvet Blossom, Nicolas Chatelet Quartet, Smith et Wesson , etc…) et Mickaël Jamier aux drums  (Empty Freezers, A Cor Do Brasil, Gainsbourg in jazz, quartet d’Émilie Buttazzoni, etc….) .

Le trio ouvre le bal, il est très vite rejoint par Sophia qui attaque le groovy  “Funkier Than A Mosquito’s Tweeter”, un truc qui swingue à rendre fou le pauvre hémiplégique coincé dans sa chaise à roulettes.

Ta compagne a d’emblée décidé de quitter son siège pour se mouvoir à tes côtés.

En 1978, Nina Simone reprenait ‘ Baltimore’ de Randy Newman, ce superbe morceau est rehaussé par une solide envolée swing  du trio tandis que la diva se paye un pas de danse savonneux.

Pour Nina Simone,   jazz  is black classical music, il englobe le gospel, la soul, le swing, le funk et plus tard le rap et le hip hop, mais aussi et c’est un truisme: le blues!

Même sans harmonica ‘ Tell Me More And More And Then Some’ te remue les tripes, Sophia excelle dans les ballades bluesy, ses copains drapant la complainte d’un habit judicieux.

Tu en as entendu des versions de “Don’t Let Me Be Misunderstood”…. certaines pénibles comme celle de Santa Esmeralda , d’autres surprenantes comme celle de Cindy Lauper et les évidentes: Joe Cocker et les Animals, l’originale interprétée par Nina est revisitée brillamment par Sophia Tahi et son team, avec un coup de galurin  pour le drumming guerrier de Mickaël Jamier et la basse rayonnante de l’homme de l’ombre, Pierrick Biffot .

La troupe embraye sur un autre classique de Eunice Kathleen Waymon, l’iconique ‘ Feeling Good’ , avant de se souvenir de l’engagement politique et social de celle dont le  Curtis Institute of Music à Philadelphie refusa l’inscription au vu de la couleur de sa peau, et d’interpréter ‘Stange Fruit’.

Intro minimaliste au piano, bien soutenu par une rythmique sobre , et puis vient  la voix, bourrée d’émotion. Paupières closes, après  le silence final, tu visualises les corps décharnés se balançant aux arbres nus.

Fort!

Le batteur relance la machine, ‘ Blacklash Blues ‘ est sur les rails, Sophia Tahi propose une version TGV du blues dont les lyrics sont de la plume de Langston Hughes.

Eh, Mister Backlash, salopard, tu envoies mon fils au Vietnam,  and you think that all colored folks are just second class fools… mais c’est toi qui auras le blues, tu verras, tout va changer!

“Ain’t Got No, I Got Life”  t’as toujours refilé la chair de poule, Sophia ne trahit en rien ce true gem!

The first of the four women is aunt Sarah , black skin, la seconde, yellow skin, est Saffronia, la troisième, Sweet Thing, gagne sa vie en se prostituant, Peaches, la dernière, porte en elle l’héritage de ses  ancêtres.

Un chef-d’oeuvre que ce ‘ Four Women’ transformé en rock fusion par Sophia et ses musiciens.

Amorce au piano suivie par un jeu métronomique à la batterie, puis vient Sophia et  sa voix, cette fois-ci délicate, elle entame  le poignant ‘Plain Gold Ring’, assurément un des highlights du set.

Le public ne s’y est pas trompé, les applaudissements se prolongent longtemps après les dernières notes.

Bye, bye, les pompes, je poursuis pieds nus, le gospel ‘Be my husband’, est transformé en groove track nerveux.

L’approche proposée par Sophia est à la fois originale et parfois déroutante .

Vas-y , Guillaume, attaque…

A fond la caisse pour le débridé ‘See-Line Woman’  suivi par un ‘I put a spell on you’ fort éloigné des rites vaudou.

Screamin’ Jay Hawkins, de passage dans le Goëlo, s’est dit impressionné.

Place au rondo  enflammé et épique  ‘ Sinnerman’ qui fait dire à une voisine, elle a du coffre et du tempérament, la madame.

Difficile de le nier!

La dernière salve, le tribal  ‘ Obeah Woman’ permet à Miss Tahi de faire preuve d’un talent d’acrobate vocal peu banal.

C’est debout qu’une bonne partie de l’assistance demande un bis.

‘Save Me’ est ébauché à la manière de Santana  proposant ‘ Jingo’ .

Jusqu’ici t’as toujours craqué pour la version de Julie Driscoll, mais voir Sophia se déhancher sur le classique d’Aretha Franklin valait le déplacement!

Un final à la hauteur du set, juteux et efficace!

Michel Preumont                             .

Sophia Tahi sings Nina Simone au Centre de Congrès- Saint-Quay-Portrieux, le 21 décembre 2021